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Turquie : Témoignage de Hakan Yaman

Le vendredi 31 octobre à la Maison du Barreau, était reçu M. Hakan Yaman, qui effectue actuellement une tournée européenne, à l’initiative d’Amnesty International, afin de témoigner auprès de différentes instances politiques de l’agression policière qu’il a subit et dénoncer le dramatique basculement de la Turquie vers un état policier.

Le Barreau de Paris suivra avec attention l’évolution de cette affaire et analyse différentes stratégies d’actions ; notamment l’envoi de lettres au Barreau d’Istanbul ainsi qu’au Ministère de l’Intérieur.

Etaient présents ce jour-là:

  • Pour Amnesty International : Nicolas Krameyer, Responsable du programme personnes en danger, M. Hakan Yaman et son avocat Mme Elif Eylem Dedeoglu, M. Emre Dedeoglu, consultant juridique qui travaille également sur cette affaire, et le représentant à Paris de la plateforme ‘Solidarité avec la place Taksim’.
  • Pour le Barreau de Paris : Anne Souléliac, Virginie Dusen, Agnès Secretan.

gr tc

Les faits

Ce qui est arrivé à Hakan Yaman, 37 ans, chauffeur de minibus, marié et père de deux petites filles, est emblématique des vio­lences qu’ont subies celles et ceux qui se sont retrouvés victimes de la vague de répression que la Turquie a connue en juin 2013.

Le 28 mai 2013, des militants écologistes décident d’occuper le parc Gézi, l’un des derniers espaces verts d’Istanbul, s’opposant à la construction d’un centre commercial.

Deux jours plus tard la police disperse la manifestation à l’aide de gaz lacrymogène, roue de coup les manifestants et met le feu aux tentes.

Malgré cette violente répression, le mouvement rassemble rapidement des centaines de milliers de personnes à travers le pays.

Le 3 juin, alors que les manifestations prennent de l’am­pleur, Hakan Yaman finit sa journée de travail et se gare près de chez lui. A proximité, des policiers s’en prennent à des manifestants. Le prenant pour l’un d’eux, ils lui lancent une grenade lacrymogène qui le fait tomber sur le sol, puis il est violement battu et torturé.

Selon le rapport des médecins légistes, Hakan a eu le crâne fracturé, les os du front, du nez, de la pommette et de la mâchoire cassés. Son dos a subi des brûlures au deux­ième degré, il a perdu un oeil et 80% de sa vision de l’autre.   (Photo : Amnesty International)

Hakan s’est retrouvé handicapé, chômeur et sans ressources du jour au lendemain. 

 

 

Le contexte

L’avocate de Hakan Yaman nous précise que les violations des droits de l’homme en Turquie- brutalité policière et culture de l’impunité - ne sont malheureusement pas une nouveauté mais la mobilisation et l’indignation ne sont apparues que récemment : depuis que celles-ci touchent l’élite du pays.

Le mouvement de protestation du parc Gezi s’est soldé par de nombreux blessés. Fin juin, l’Union des mé­decins de Turquie recense plus de 8000 blessés dont plu­sieurs plongés dans le coma, cinq morts et onze personnes ayant perdu un oeil suite à des tirs de grenades ou de balles en plastique par la police.

A l’exception d’un ou deux cas de violence policière ayant entrainé la mort, l’impunité est totale.

A l’inverse, les poursuites ubuesques contre les représentants et participants pacifiques du mouvement vont bon train:

Le 21 avril 2014 s’est ouvert le procès de “l’affaire Twitter”, contre 29 femmes et hommes accusés “d’inciter le public à enfreindre la loi”. Leur crime ? L’envoi de tweets pendant les premiers jours des manifestations de Gezi en juin. S’ils étaient reconnus coupables, ils pourraient être condamnés à trois ans de prison.

Le 12 juin s’est ouvert le procès de 25 représentants de la plateforme Solidarité Taksim, collectif de 130 organisations et fer de lance du mouvement de Gezi. Les poursuites en­gagées se basent sur un appel de ces personnes à un rassem­blement pacifique, le 8 juillet 2013, dans le parc Gezi, pour y tenir une conférence de presse. Le parc venait de rouvrir, après plusieurs semaines de fermeture. Cinq d’entre eux ris­quent jusqu’à 15 ans de prison.

 

La plainte

Pour l’agression qu’il a subi et qu’il l’a laissée entre la vie et la mort, Hakan Yaman a dû subir 6 opérations chirurgicales et il porte aujourd’hui des séquelles à vie.

Quelques semaines après l’agression il porte plainte pour tentative d’homicide.

L’instruction de l’affaire est confiée à un procureur  (pas de juge d’instruction en Turquie) qui a donné mandat à un laboratoire indépendant pour l’exploitation des preuves.

Trois policiers ont pu être identifiés d’après les caméras de vidéosurveillance.

Le laboratoire mandaté a donc contacté le commissariat en question afin d’obtenir photos et identités des policiers, leurs demandes n’ont jamais abouti.

L’instruction, en cours depuis 17 mois, est aujourd’hui au point mort.

En janvier 2014 une enquête administrative interne de la police a été classée sans suite.

Le Barreau de Paris suivra avec attention l’évolution de cette affaire et analyse différentes stratégies d’actions ; notamment l’envoi de lettres au Barreau d’Istanbul ainsi qu’au Ministère de l’Intérieur.